Expériences de crise…

Début juin, nous avons proposé un questionnaire sur ce thème aux producteurs de spectacles utilisateurs de notre solution. 70 ont répondu.
L’exercice est un peu acrobatique. Dans quelques mois, lorsqu’on relira ce post, on sera amusé ou atterré par ces vaines tentatives de cadrer l’imprévisible. Quoi qu’il en soit…

… aujourd’hui 2 juillet 2020, on sait ça :

♦ 43% du CA annuel de la musique live s’est d’ores et déjà évaporé (TPLM)
♦ Les syndicats du secteur (SMA, Prodiss…) prédisent une catastrophe sociale et économique et demandent des mesures de soutien, sans réponse à ce jour.
♦ Quelques signes de réouverture des lieux sont annoncés, de nouvelles dates se calent en juillet et août. Le MaMA confirme. On se reprend à espérer sur l’automne.
♦ Des initiatives apparaissent de la part de musiciens et de producteurs, proposant de repenser le fonctionnement de l’écosystème pour mieux prendre en compte ses responsabilités sociétales et écologiques.

La liste de ce qu’on ignore est beaucoup plus longue. Par exemple :

♦ Quand pourra-t-on assister à un concert debout, ou à une pièce sans compter les sièges co-vides (désolé, trop tentant !)
♦ Combien d’artistes auront choisi malgré tout de continuer à exercer un plein-temps artistique ?
♦ Combien d’entreprises de tournée ou de bureaux de prod auront réussi à conserver leur équipe, leurs artistes, et la capacité de rémunérer les uns et les autres ? Et combien jetteront l’éponge en septembre, octobre, janvier, juin… ?
♦ Les artistes internationaux et leurs managers camperont-ils sur leurs positions financières (pas de négo sur les reports) … ou bien une inversion des rapports de force permettra-t-elle de mettre un terme à l’inflation, et de rééquilibrer les rémunérations au profit des artistes en développement ?
♦ Les tournées d’été 2021 ressembleront-elles à des sauts d’oasis en oasis dans un désert culturel ou à des boucles intra-régionales ?
♦ Une razzia financière aura-t-elle accentué la concentration du secteur ou bien les plus petits acteurs du secteur auront-ils démontré leur résilience face aux mammouths multinationaux ?

Espoirs et doutes des producteurs de spectacles.

Le questionnaire proposé par Bob el WeB a été disponible du 1er au 20 juin.
Un peu avant, un autre partenaire de l’écosystème culturel – Mapado – avait proposé aux diffuseurs (lieux, festivals) une enquête au thème assez proche : « Culture, quel monde d’après ?« . Avec leur accord, nous avons mis en regard certains de ses éléments de synthèse avec les réponses des producteurs.

(ouvrir le document sur un navigateur)

A l’analyse quelques tendances fortes se dégagent des réponses des producteurs de spectacles :
♦ Le plébiscite du télétravail. Il a été mis en place sans difficulté, ses bénéfices ont été constatés et seront cultivés dans les organisations futures.
♦ Une saison 2020 / 2021 déjà jouée… Une majorité de producteurs ont pu reporter à la saison suivante les dates calées entre mars et septembre. Seuls 15%  d’entre ont rencontré une majorité d’annulation sèches, d’ailleurs peu ou mal dédommagées. Conséquence : une sur-programmation jusqu’à la rentrée 2021, qui rendra difficile le développement sur scène de nouveaux projets.
♦ … mais la négociation continue.  Une petite minorité de répondants posent comme priorité la refonte de leur modèle ou de leur offre. Pour les autres, il reste avant tout à sauver ce qui peut l’être sur les reports ou les dédommagements.
♦ Le livestream, faute de mieux. Moins d’un tiers des producteurs a tenté de développer la présence de ses projets sur les réseaux. Et pour une majorité, ces pratiques du confinement ne semblent pas  destinées à durer.
♦ Une heureuse découverte : la bienveillance. Pour plus la moitié des producteurs, c’est le mot qui caractérise la relation avec les diffuseurs pendant cette période (11% l’ont trouvé « plus dure »).
♦ Le besoin de davantage de sens et de responsabilité … Ils sont espérés dans les rapports au sein de l’écosystème (concertation, mutualisation, solidarité), dans la conception des tournées (éco-responsabilité, proximité), et dans les rapports financiers avec les artistes (équité).
♦ … peu d’illusions sur le « monde d’après »… Une forte majorité est très moyennement confiante dans le changement espéré.
♦ … mais on garde un mental de warrior et la volonté d’avancer, même avec une visibilité limitée.

… stratégies de sortie de crise

À partir de ce constat, comment faire pour renouer avec les tournées, sécuriser la trésorerie, entrer à nouveau dans une dynamique de développement ?
Le cadre général fourni par la puissance publique peut bien sûr concourir à une sécurisation partielle des producteurs de spectacle via des dispositifs réglementaires, des exonérations, des garanties, et les organisations professionnelles tentent d’obtenir de nouvelles avancées sur ce plan.
Mais sans attendre, que peut décider l’entreprise pour agir sur son propre futur ? Comment peut-elle entreprendre maintenant, avec responsabilité et pragmatisme ?
Un atelier en visio a réuni fin juin des producteurs de toutes tailles et de toutes disciplines pour faire le point sur les idées et les actions des uns et des autres.

Nous souhaitons que cette production commune puisse permettre à d’autres de reprendre l’initiative en ces temps incertains.

La matrice jointe ici (cliquer pour afficher) est le résultat de plusieurs étapes d’élaboration communes :
1- la production d’idées sur tableau blanc numérique
2- la qualification des idées : depuis l’organisation interne de la structure, jusqu’à l’écosystème dans son ensemble
3- l’organisation de ces idées sur une matrice : continuité / rupture, économie / investissement
4- l’identification de thèmes transversaux.

S’en sortir :  mesures d’économie et remise en cause des modèles.

Les pistes évoquées par les producteurs de spectacles ont été transcrites sans volonté de les évaluer ni de les confronter. Elles sont parfois contradictoires (plus de salons / moins de salons), portent une volonté de rupture ou de continuité (ne rien changer, miser sur le long terme) , sont inspirées par une vision long terme ou des nécessités de court terme (renégocier les cachets, diminuer la masses salariale).

Les actions concernant les choix d’organisation de chaque entreprise peuvent être mis en œuvre en pleine autonomie, au rythme choisi par les dirigeants.
Idem pour les décisions sur l’offre artistique ou professionnelle. Certains, se traduisant par une forte évolution du modèle économique, seront plus long à aboutir.
Les actions impliquant l’environnement professionnel proche (artistes, collègues producteurs, salles amies…) supposent des discussions, des négociations, des accords, et peuvent demander une longue période de maturation.
Enfin, pour ce qui relève d’une logique sectorielle, nationale, les initiatives seront portées par les fédérations, groupements, syndicats, et leur réalisation échappe à la volonté propre de chaque entreprise.

Des pistes d’actions pour un avenir souhaitable

4 thèmes sont particulièrement illustrés, qui couvrent toutes les dimensions du mapping.
♦ la responsabilité écologique (liens jaunes). Si elle résonne avec l’actualité électorale, elles traduit une volonté de fond déjà exprimée dans l’enquête menée par Bob el Web. Concrètement, elle se décline dans des actions d’économie à court terme (transports) et jusqu’à une remise en cause des modèles généraux du secteur.
♦ le réexamen des rapports aux artistes (liens bleus). Selon la manière de la mettre en œuvre, la négociation sur les cachets est une mesure défensive pour une économie immédiate, ou traduit la prise en compte des difficultés des lieux de diffusion, ou engage une stratégie de prix bas visant le développement des tournées. Mais on évoque aussi un repositionnement « Artists Services », avec la remise en cause des prérogatives du producteur et un partage des risques avec l’artiste considéré non plus comme salarié, mais comme client / partenaire.
♦ l’évolution des concepts de  diffusion  (liens rouges). C’est le thème le moins développé, le plus incertain aussi. Si le développement de petites formes est une adaptation pragmatique de l’offre face à un secteur paupérisé et règlementé, les réflexions sur la nature même de la diffusion, engageant artistes et lieux, demandent sans doute une maturation longue.
♦ le « faire ensemble » (liens verts). Lors de l’enquête sur l’expérience de la crise, les producteurs avaient constaté une nouvelle forme de solidarité entre acteurs, et exprimé leur espoir qu’elle se prolonge. De nombreuses pistes d’actions développent cette dimension, sur toutes ses intensités : collaboration, co-production, mutualisation, outils sectoriels, fusion d’entreprises. Depuis le renforcement de pratiques existantes (travail commun sur des projets), jusqu’à des propositions d’organisation nouvelle du secteur (conférence permanente, concentration vertueuse).

Et ensuite ?

Vous avez d’autres pistes, des réactions à celles proposées ? Nous ouvrons les commentaires en bas de page.
Nous sommes tous en work-in-progress. Nous continuerons à faire état des initiatives, noteront les évolutions, mesureront les écarts entre le souhaité et le réalisé et tenteront de prendre avec vous la mesure des impacts – positifs et négatifs – de l’épisode Covid.

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